La manière dont l’Etat, par l’entremise de la Préfecture de Charente-Maritime, a délimité les « zones noires » des communes du département touchées par la tempête Xynthia est profondément choquante. Elle entraîne des réactions justifiées de la part des habitants de ces zones et des associations de défense des résidents déjà constituées ou en voie de constitution.
Il est difficile de comprendre pourquoi une telle opacité a entouré la définition des critères retenus et l’utilisation des outils de classement. Il est difficile de comprendre comment il a été possible de décider objectivement de détruire 595 maisons en six semaines alors qu’il faut, en moyenne, plus de deux ans pour établir, dans la concertation, un plan de prévention des risques. Il est difficile de comprendre comment on peut décider, à La Rochelle, de la destruction d’une maison sans que le moindre expert soit passé mesurer le niveau d’eau atteint au plus fort de la tempête.
Avant de décider des démolitions, les services de la Préfecture ont-ils réellement eu le temps pour analyser et comparer, commune par commune, toutes les solutions possibles, de la gestion appropriée des digues à la réfection des défenses naturelles existantes en passant par la modernisation des systèmes hydrauliques ?
Sur l’île d’Oléron, près de 150 maisons sont menacées de destruction à Boyardville (commune de Saint-Georges) et à La Perrotine (commune de Saint-Pierre).
Pour délimiter ces « zones noires », la Préfecture semble s’être basée sur des photographies aériennes prises le mercredi 3 mars dans l’après-midi, sans tenir compte des spécificités de l’aménagement côtier de ces villages que détaillent parfaitement Jacques Peret et Thierry Sauzeau, tous deux historiens à l’Université de Poitiers, spécialistes en géohistoires du littoral, dans des rapports établis à la demande des associations de sinistrés de ces deux communes.
Ainsi, pour La Perrotine, Thierry Sauzeau rappelle-t-il que l’ensemble du village touché par les mesures de destruction est situé derrière pas moins de quatre remparts naturels : l’actuelle laisse de haute mer, qui s’éloigne du village sous l’action de la sédimentation de sables et de vases, une première digue, celle de la tanne de Fort Royer (édifiée vers 1880), une seconde, celle de la digue de la tanne de La Perrotine (édifiée vers 1840), puis la dune du XVIIIème siècle sur le revers de laquelle sont bâties toutes les maisons des deux rues du Phare et des Aigrettes.
Par ailleurs, les résidents n’occupent que les parties hautes de leurs logements, hors d’atteinte du flot, ce qui explique pourquoi ils n’ont, en définitive, été que peu touchés par la tempête elle-même.
Ils ont en revanche été touchés par les submersions de marée haute dont les coefficients ont été croissants au lendemain de la tempête, principalement en raison de négligences anciennes, de gestion non concertée du système hydraulique naturel et, finalement, de décisions prises dans l’urgence.
Dans l’enchaînement des causes, c’est en effet d’abord la surcote de marée haute qui, ayant submergé les rives du chenal dans la nuit de la tempête, a rempli les tannes de La Perrotine et du Fort Royer qui auraient logiquement dû bénéficier d’une vidange grâce à leur varaigne, au moment du reflux.
Mais, la varaigne qui était actionnée à tour de rôle par les riverains jusque dans les années 1970 ayant été barrée par une clôture privative, avant de sombrer dans l’oubli, il a été décidé, à marée basse, d’élargir une brèche au droit de la varaigne faisant communiquer les deux tannes, ce qui a permis de les vider.
Malheureusement, en l’absence de réparations assez rapides - faute de remblai en quantité suffisante - la marée haute du soir a noyé les zones touchées dans la nuit.
C’est ainsi que des maisons de La Perrotine ont été touchées par le flot, non pas en raison de la tempête, mais de ses conséquences mal maîtrisées.
Si l’Etat voulait être juste et non critiquable, il aurait intérêt à travailler dans la transparence et la concertation, en lien avec tous ceux qui ont la connaissance du littoral et de son histoire. La démocratie participative, telle que nous la pratiquons au niveau de la Région, n’est pas une vaine expression.
Alexis Blanc
Vice-président du Conseil Régional de Poitou-Charentes